août 6, 2015
hmathieu
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Une médiation animale pour les adolescents incarcérés

 

L’Etablissement pénitentiaire pour mineur (EPM) d’Orvault (Loire-Atlantique), a décidé, il y a six ans, de confier aux adolescents incarcérés, la responsabilité d’un animal. Oasis, une lapine naine bélier angora, est arrivée au sein de la structure, sous la responsabilité d’Anne-Lise Denieulle, infirmière rattachée au CHU de Nantes.

© DR

Les soins de l’EPM dépendent de deux services du CHU de Nantes : l’Unité de consultations et de soins ambulatoires (UCSA) qui dispense des soins somatiques aux adolescents, et le Service médico psychologie régional (SMPR) dont fait partie Anne-Lise Denieulle.

« La médiation animale s’est construite progressivement, explique-t-elle. Un jeune m’a un jour annoncé que sa copine était enceinte et qu’il ne voyait pas comment s’occuper d’un bébé alors qu’il ne savait déjà pas s’occuper de lui. Cela m’a fait réfléchir et j’ai pensé qu’apprendre à s’occuper de quelqu’un d’autre pouvait aider à s’occuper de soi. »

Elle s’est interrogée à ce sujet avec une collègue et en a conclu que les adolescents pourraient s’occuper d’un animal doux et autonome, d’où l’arrivée du lapin en 2008 avec l’accord du CHU et de l’EPM. En 2011, l’EPM a également accueilli un oiseau, Jack, qui a chuté au pied d’un adolescent et qui, après réflexion, a décidé de s’en occuper, seul.

 Responsabilités

La participation d’un jeune, volontaire à la médiation animale est discutée avec toute l’équipe et lorsqu’elle est acceptée, il se rend au bureau pour s’occuper d’Oasis, la nourrir, la caresser, en présence d’Anne-Lise Denieulle. « Le jeune doit vouloir venir », souligne-t-elle.

Par ailleurs, neuf fois par an, un vétérinaire intervient aux côtés de deux infirmières pour prendre soins de la lapine et pour faire découvrir d’autres animaux aux adolescents comme un python, un chien ou encore un perroquet.

« La première fonction de la médiation animale est l’apaisement, explique Anne-Lise Denieulle. Pour les personnes qui aiment les animaux, qui aiment les caresser, cela peut apporter du bien-être et un apaisement. Le local est une bulle à part avec des fauteuils confortables, l’odeur du foin, de l’animal, de la sciure et avec des poils qui trainent. »

Avec l’animal, les adolescents et l’infirmière travaillent aussi sur la prise de conscience du corps. « Au cours de la vie d’Oasis, on la voit grandir, perdre ses poils, elle a déjà eu une grossesse, raconte l’infirmière. Les jeunes posent alors des questions sur l’animal et sur eux. » La grossesse d’Oasis a été l’occasion de parler de sexualité et de contraception. Ils évoquent également l’alimentation de l’animal et donc la leur. Comme il s’agit d’une lapine naine, les adolescents qui n’ont pas nécessairement conscience d’eux-mêmes doivent s’ajuster.

« Et le fait de voir l’animal en cage les renvoient également à leur propre détention, ajoute l’infirmière. C’est l’occasion d’aborder les difficultés liées à l’enfermement. » Cette médiation permet de soutenir le soin psychique et le choc carcéral est généralement atténué.

Mise en confiance

La médiation ne sert pas forcément à aborder des sujets lourds. « Tous ces moments en groupe ou en individuel servent à valoriser les adolescents, à les faire reprendre confiance en eux et dans les autres, fait savoir Anne-Lise Denieulle. Je les valorise car ils prennent leurs responsabilités et viennent s’occuper d’Oasis avant les cours. » Cette médiation est également un moyen de travailler le lien et l’attachement pour ces adolescents qui ont souvent eu un parcours de vie chaotique.

La relation patient-soignant est différente de celle que l’on peut observer dans les services. « Quand j’ai commencé à exercer mon métier, on me disait de ne pas trop m’impliquer, se rappelle-t-elle. Mais je ne peux pas me retrancher derrière le fait que je suis infirmière pour ne pas dire ce que je ressens. Le jeune, quand il est avec l’animal, il ne triche pas. On fait appel aux émotions, au ressenti. »

Les échanges entre les adolescents et l’infirmière sont souvent très riches et un lien de confiance s’établit rapidement. Les autres soignants aussi ont accepté l’animal et rares sont ceux qui ne demandent pas des nouvelles du lapin. Cela a permis aux différentes équipes de développer des liens privilégiés. « C’est une médiation tout en douceur, conclut l’infirmière. On ne brusque rien. On laisse la place à la surprise de chaque moment. Cette médiation permet de parler de beaucoup de sujets et permet un grand espace de rencontre. »

Laure Martin
article paru dans ActuSoins magazine

 

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