Juil 23, 2015
hmathieu
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Expérimental, le dossier infirmier informatisé et partagé

Dans les Landes, des infirmiers expérimentent depuis quelques semaines le dossier partagé de soins infirmiers. Un outil qui pourrait bien s’avérer indispensable pour une meilleure coordination des soins autour du patient.

©DR. Antonio Moreira, infirmier libéral, et sa secrétaire intègrent des données dans le dossier partagé.

« Nous avons tous connu des cas de confidentialité non respectée ou de dossiers égarés» déplore Patrick Experton, président de l’URPS Infirmiers Libéraux Aquitaine.

De nombreux infirmiers intervenant au domicile des patients utilisent un dossier infirmier papier. Considéré comme nécessaire, il n’apporte cependant pas de plus-value en termes de coordination des soins de proximité.

En revanche, le même document, informatisé et partagé entre professionnels, aurait un tout autre potentiel. Ce constat, l’URPS infirmiers Libéraux Aquitaine l’a dressé il y a quelques mois.

Avec l’aide du Conseil Régional et de l’Agence Régionale de santé, il a mis sur pied une expérimentation, inaugurée au mois de mai dernier : évaluer la pertinence d’un dossier partagé sécurisé qui remplacerait le traditionnel dossier papier, centraliserait l’information et permettrait de tracer les actes infirmiers. « Cela permettra d’éviter la perte d’information et de communiquer plus facilement auprès des autres professionnels » complète Patrick Experton.

Un vrai besoin de terrain

Dans les Landes, l’engouement des infirmiers a été immédiat, comme l’explique Yannick Giraudel, infirmier libéral à Saint-Justin: « ici, on est loin de tout et de tout le monde. Les outils dématérialisés sont donc très importants pour que nous puissions échanger autour des patients. Nous le faisons aujourd’hui à travers les systèmes de partage existants, mais nous devons pour cela anonymiser les données. L’outil va permettre la même chose de façon ergonomique et sécurisé ».

Dès le lancement de l’initiative, la cinquantaine d’infirmiers expérimentateurs attendue par les opérateurs a été recrutée beaucoup plus rapidement qu’espéré. « Preuve que les besoins existent » assure Patrick Experton. Chacun de ces professionnels a reçu une tablette et a été formé à l’utilisation –« très simple »- de l’outil, également accessible sur smartphone.

Depuis, ces infirmiers peuvent ouvrir un dossier pour chacun de leurs patients, contre une rémunération unitaire de cinquante euros. Ils peuvent y consigner des données médicales, des images, des commentaires… et les ouvrir aux médicaux, paramédicaux, services hospitaliers prenant en charge le patient, après en avoir fait la demande auprès de l’opérateur de télésanté.

« Nous pouvons ouvrir la partie non confidentielle aux partenaires médico-sociaux et sociaux » ajoute Yannick Giraudel. In fine, l’idée est bien de transmettre facilement et en temps réel toutes les données indispensables au suivi du patient, auprès de l’ensemble des professionnels impliqués dans sa prise en charge.

Une image fiable du rôle de coordination infirmière

« Dans mon cabinet, nous sommes cinq sur sept infirmiers à nous être dotés de l’outil. Il facilite vraiment les échanges entre nous ». Auprès des autres professionnels correspondants, Yannick Giraudel reconnaît  « un effet de génération. Les professionnels qui sont le plus technophiles se montrent les plus intéressés. Mais on voit aussi que ce sont ceux avec lesquels nous travaillons le plus étroitement qui perçoivent l’intérêt de cet outil ».

L’utilisation et l’accès du dossier partagé à tous les professionnels du territoire pourrait donc se généraliser progressivement, par effet « tâche d’huile » autour de chacun des infirmiers utilisateurs locaux.

La fin du dispositif est fixée au printemps 2016 : l’URPS délivrera alors les conclusions de cette expérimentation. « Nous évaluerons le profil des patients pour lesquels les dossiers sont créés, avec quels professionnels ils sont partagés, quels types de données sont stockées, … décrit le président de l’URPS. Nous aurons au final une image précise des besoins et de la pertinence de l’outil avant de le généraliser » résume-t-il tout en ajoutant : « cette analyse devrait aussi nous donner une bonne image du rôle de coordination des soins que les infirmiers revendiquent ».

Caroline Guignot

Paru dans ActuSoins n°15

Plus de 24 millions de DP sont ouverts aujourd’hui en France. Par DP, comprenez Dossier Pharmaceutique, un outil de recueil des traitements déployé depuis 2009 par les officinaux. La réussite de l’outil est tel qu’il est maintenant évalué à titre expérimental dans certains établissements de santé pour favoriser le partage décloisonné d’informations entre ville et hôpital.

Comme le DP, le dossier partagé de soins infirmiers expérimenté dans les Landes tend à prouver la pertinence des outils de télésanté adapté aux pratiques. Et que leur développement par les professionnels est gage de réussite et d’efficience.

Voilà qui contraste violemment avec le Dossier Médical Partagé (DMP), véritable serpent de mer en développement… depuis dix ans. Après de nouvelles impulsions apportées au projet en 2011 puis en 2013, seuls 400 000 dossiers sont aujourd’hui créés en France. Dans la prochaine loi de santé, qui sera discutée par les parlementaires début 2015, les contours et les modalités de son déploiement devraient encore être redéfinis : administré par l’Assurance Maladie et recentré autour des patients chroniques. Dans le délai, les professionnels n’ont heureusement pas attendus les pouvoirs publics et s’organisent… C.G.

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