Juin 30, 2014
hmathieu
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Les données de santé sur le web : oui… mais

Alors que la CNIL s’est interrogée récemment sur l’usage des données de santé, l’enquête « Parler de santé sur web, quelle(s) conséquence(s) ? » (1) met en lumière l’opinion et les perceptions des principaux intéressés.

Fotolia_63109790_XS-3-250x166Le constat est contrasté : 8 % d’entre eux se déclarent «très inquiets» et 23 % « plutôt inquiets » alors que 43 % affirment être « plutôt » ou « très confiants » (22 % n’y ayant jamais songé et 4 % ne sachant pas).

Lorsque l’on interroge plus précisément les malades communiquant des données de santé sur le web sur la provenance de leur inquiétude, ils sont 39 % à déclarer craindre que ces données puissent être utilisées à leur encontre par un assureur, 36 % par leur employeur et 27 % par l’Assurance maladie.

Pour près d’1 sur 2, le web crawling, le data mining et le text mining en santé sont aujourd’hui une réalité. De fait, 43 % des malades communiquant des données de santé sur le web pensent que ces données de santé sont analysées en permanence par des logiciels.

Mais ils sont encore plus nombreux à penser que cela est réalisé par des personnes chargées de lire les forums, blogs et autres réseaux sociaux. A l’opposé, ils sont 34 % à penser que la récupération de données de santé informelles sur le web et dans les applications mobiles de santé (mApps) est interdite par la loi.

Stockage des données : la prime au médecin… et la peur du Big Brother

En termes de stockage de leurs données de santé qu’ils publieraient sur un site, un forum ou une mApp, 59 % des répondants accordent leur confiance à leur médecin traitant, 31 % à l’Assurance maladie, 11 % à un laboratoire pharmaceutique (16 % des utilisateurs de mApps) mais seulement 2 % à un éditeur de logiciel ou de service Internet grand public (Google, Microsoft…) et 0 % à un opérateur de télécom ou à un FAI.

Près de 2 sur 10 ne font confiance qu’à eux-mêmes en ce domaine et préfèrent stocker ces données sur leur smartphone ou leur ordinateur.

 Au-delà de l’inquiétude, un vif intérêt lié au potentiel de leurs données

L’inquiétude exprimée par les répondants est de fait toute relative. Lorsqu’on les interroge précisément sur les analyses qui pourraient être faites de leurs données de santé informelles, celles qu’ils produisent sur le web et dans les mApps, ils sont 64 % à être d’accord pour un usage réalisé par des organismes publics dans une mission d’intérêt public mais seulement 6 % à ce que cela soit fait par une entreprise privée.

Pourtant, ils sont 40 % à être d’accord sur le fait que ces données peuvent servir à améliorer la qualité du site web, du réseau social ou de la mApp donc de services d’entreprises privées, 76 % pour qu’elles soient destinées à la recherche médicale et là aussi une large part de celle-ci est réalisée par des entreprises de santé, laboratoires pharmaceutiques ou sociétés de technologies médicales, et 78 % sont d’accord avec leur usage pour améliorer la tolérance des médicaments… un rôle où les acteurs privés sont essentiels.

 Les conditions du traitement des données : anonymisation, accord et auto-régulation des acteurs

70 % des malades communiquant des données de santé sur le web, les forums, les blogs, les applications mobiles de santé… souhaitent que leurs données soient totalement anonymiséeset que leur accord leur soit demandé lors de l’inscription ou du téléchargement de la mApp.

Conscient du potentiel de l’exploitation des données de santé, 70 % des répondants sont favorables avant tout à la mise en place d’une charte de bonne conduite impliquant la transparence d’information pour la collecte, le traitement et l’utilisation des données collectées par les entreprises réalisant l’exploitation.

Ils placent ce critère devant une régulation par un texte de loi spécifique ou un contrôle par une autorité indépendante.

 Une nécessité : expliquer et informer

Première enquête à s’interroger sur les confiances des principaux intéressés, les malades postant, stockant, échangeant des données de santé sur les espaces numériques, « Parler de santé sur le web, quelle(s) conséquence(s) ? » met clairement en avant quatre éléments :

1 • Une inquiétude existe chez 31 % des répondants et elle est principalement liée à la qualité des personnes, entreprises, institutions pouvant utiliser ces données de santé.

2 • Ils existent un véritable intérêt à utiliser ces données pour la recherche médicale (76 % d’accord), améliorer la tolérance des médicaments (78 % d’accord), la qualité des soins (84 % d’accord), la sécurité sanitaire (62 % d’accord) ou mieux comprendre les comportements en santé (79 % d’accord).

3 • Les conditions de la réussite s’appellent anonymisation, accord préalable explicite et auto-régulation des acteurs.

4 • Et surtout, il est plus que nécessaire d’informer et former sur l’usage des données de santé, les conditions de leur utilisation (Quel Français connaît le terme «hébergeur agréé de données de santé» et ce qu’il recouvre ?) et les critères techniques liés à leur sécurité.

(1)  «Parler de santé sur le web, quelle(s) conséquence(s) ?» est une enquête co-initiée par la Chaire Réseaux Sociaux de l’Institut Mines Telecom, Doctissimo, LauMa communication, Patients & Web, Renaloo, Vivre Sans Thyroïde. Phase terrain auto-administrée sur le web du 17 avril au 6 juin 2014, 2 735 participants dont 848 répondants retenus pour l’analyse (Personnes ayant déjà échangé, partagé, écrit, posté sur son état de santé ou celui d’un membre de son entourage sur le web, un ou des réseaux sociaux, un forum, en utilisant une application mobile de santé…).

Rédaction ActuSoins

Le commentaire de Yann Ferrari,chef de projet Affaires juridiques Platinnes au centre e-Santé de Toulouse sur Informatiquenews :

« Concernant le système de santé au sens propre du terme, l’usager à peu de craintes à avoir concernant l’utilisation de ces données de santé. Certes, l’actualité a démontré que des dossiers patients pouvaient se retrouver sur Google, mais il s’agit de failles techniques, pas d’une volonté des acteurs du système de santé de commercialiser ces données ou d’en faire un mauvais usage.

(…) Par contre, le raisonnement est différent quand on parle d’utilisation de services commerciaux type application mobile, site internet ou service de quantified self.

(…) Actuellement, si l’on s’en tient à la législation européenne relative aux données personnelles en vigueur, je peux très bien, par exemple, être une entreprise polonaise et proposer un service de e-santé sur le territoire français et qui nécessite de recueillir des données de santé. Si je n’ai pas d’établissement en France, c’est la réglementation polonaise qui s’applique. Je n’aurai pas à avertir la CNIL française que je vais collecter des données de santé et je n’aurai pas d’obligation de stocker ces données auprès d’un hébergeur agréé ».

 

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